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Crazy Horse, plongée dans le temple de l’érotisme parisien

Frederic Wiseman avait déjà posé sa caméra à Paris. Après la Comédie Française en 1996 et l’Opéra de Paris en 2009, il revient pour la 3eme fois dans la capitale française pour s’intéresser cette fois à l’un des plus célèbres cabarets parisiens, crée par Alain Bernardin il y a 60 ans, leCrazy Horse.

Cette plongée au cœur des coulisses du mythique établissement de l’avenue Georges V par le toujours sémillant documentariste (81 ans au compteur tout de même et toujours aussi productif puisque c’est son 2eme film de l’année sur les écrans français après Boxing Gym) est l’occasion de découvrir l’envers du décor, ce qui se cache derrière les paillettes, le strass et l’érotisme d’un spectacle qui se joue deux fois par jour (et même trois le samedi !) 365 jours par an.

Frederic Wiseman s’est glissé pendant onze semaines dans cet univers glamour entre répétitions, préparation de la salle et représentations. Avec un regard amusé et tendre, toujours dans son style habituel (pas de commentaires, pas de voix off), Crazy Horse n’a toutefois pas la même puissance sociologique que ses précédents films. Comme si le réalisateur s’était autorisé une petite parenthèse légère et anecdotique dans une filmographie très ambitieuse. Les moments les plus intéressants et les plus révélateurs ne sont pas captés sur scène où tout n’est finalement qu’illusion et jeu d’ombre mais backstage, lors de réunions d’équipe assez épiques – notamment une colère froide du célèbre chorégraphe Philippe Decouflé, metteur en scène du spectacle Désirs, contre les actionnaires du Crazy qui refusent de répondre à ses demandes. Le film recèle aussi quelques scènes d’une drôlerie imparable : Il faut aussi entendre s’enflammer Ali Mahdavi, directeur artistique, sur la beauté du spectacle ou regarder les filles enregistrer un morceau so kitsch sous les yeux de Philippe Katerine.

Crazy HorseD’une beauté formelle indéniable, s’attardant (trop ?) longuement sur des numéros de danse rendus hypnotiques par le jeu des couleurs et de la musique, le documentaire ne lève jamais le voile sur le mystère nimbant les « soldats de l’armée érotique », ces filles superbes mais pas bavardes, aux jambes interminables et aux corps sculpturaux – on sentWiseman lui-même assez fasciné. La caméra ne quitte d’ailleurs presque jamais l’intérieur du cabaret sauf à de rares moments où Wiseman filme la façade duCrazy, comme une respiration, une pause cigarette pour revenir à la réalité  entre deux plongées dans cet univers de la nuit et du glamour. Et si vous n’avez pas les moyens de vous payer une soirée au Crazy (ou tout simplement pas envie de dépenser 70€ - minimum ! – pour un tel spectacle), le film de Frederic Wiseman vous permet ce luxe à moindre coût…

Emmanuel Pujol (blog de cinéma)

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